1.   Introduction

2.   Le récit autobiographique

3.   L’utilisation de l’écriture en psychiatrie, psychologie et psychothérapie

4.   Convergences avec l’analyse PRH

5.   Références

 

 

1.      INTRODUCTION

 

L’invention de l’écriture est très récente, comparativement à l’évolution de l’homme dont les débuts sont situés il y a 1 million d’années. Les premières traces de dessins datent d’environ 30000 ans avant J.C., en se basant sur la grotte de Lascaux en Dordogne et la grotte Chauvez en Ardèche. À l’époque, l’homme dit de Neandertal (homo sapiens) disparaissait petit à petit, pour laisser la place à l’espèce actuelle (homo sapiens sapiens). On ignore à quel moment de l’évolution les humains ont fait le pas vers la syntaxe, ce qui a permis de dépasser la communication par des ordres simples et de s’exprimer de manière différenciée en utilisant le langage articulé qui se décompose en syllabes et en phonèmes. L’écriture a été inventée beaucoup plus tard, on la situe en Mésopotamie dès 2600 avant J.C. Phonétique, elle servait à établir des comptes-rendus et calculs des récoltes. 850 ans plus tard, le code Hammurabi est le premier exemple d’une législation qui pose des règles concernant les comportements humains. 1000 ans plus tard, l’invention de l’alphabet grec au 9ème siècle avant J.C. composé de voyelles et de consonnes a permis de laisser des traces écrites de la réflexion sur l’humain, ce qui s’est traduit dans les premiers textes philosophiques depuis le 8ème siècle avant J.C. La maxime socratique : connais-toi toi-même, inscrite sur certains temples de l’Antiquité est toujours valable aujourd’hui. Depuis, les hommes et les femmes ont continué à développer leurs pensées par écrit. Dans la mesure où l’écriture permet une distance d’avec soi-même, elle autorise une observation de soi en situation de réflexion, dans le but de pousser la réflexion toujours plus loin, jusqu’à la découverte d’éléments nouveaux.

L’objet de cet article est de décrire différentes façons de l’utilisation de l’écriture dans le but de travailler sur soi. Sans entrer dans le développement de ces approches, on peut souligner que les philosophes de l’Antiquité se sont efforcés à décrire ce qui caractérise l’homme, à savoir ses fonctionnements, sa manière d’entrer en relation avec les autres et son approche du monde. Ils ont  proposé des attitudes et pratiques d’amélioration, en élaborant des modèles de sociétés qui permettraient aux humains de fonctionner différemment, en tenant davantage compte de leur essentiel. L’écriture a été un outil pour les mystiques dans le but de déchiffrer leur ressenti vis-à-vis de Dieu. Il y a une profusion d’écrits de personnalités très diverses. On peut indiquer à titre d’exemple les confessions de Saint Augustin (1), les sommes de Saint Thomas d’Aquin (2), les réflexions et poèmes de Sainte Thérèse d’Avila (3) et de Saint Jean de la Croix (4). Dans la mesure où ils ont cherché à avancer en se servant de l’écriture, ils sont des précurseurs des approches récentes du travail sur soi dans les sciences humaines.

Je décrirai maintenant le récit autobiographique, puis l’utilisation de l’écriture en psychiatrie, psychologie et psychothérapie, dans le but de situer les convergences et les divergences avec la méthode de l’analyse PRH.

2.      Le récit autobiographique

                                  Le récit autobiographique comme moyen de réflexion

L’autobiographie est utilisée depuis longtemps comme un moyen de réflexion et d’élaboration où un sujet prend position face à des événements qu’il vit ou a vécu. Elle a plusieurs fonctions :

- reprendre le contrôle de sa vie alors que la personne a le sentiment de subir sa vie ;

- élaborer sa vie intérieure notamment dans la suite de divers traumatismes graves ;

- libération d’émotions refoulées à la fois dans un but de vivre une abréaction (catharsis) mais aussi en y apportant un sens nouveau ;

- clore une période en tournant la page pour repartir de nouveau dans la vie ;

- fixer les souvenirs pour la postérité notamment pour ses enfants et petits enfants afin de garder la mémoire vivante.

Il en existe une variante lorsque le fait d’écrire n’a pas pour objectif de se connaître, mais de laisser une trace, soit pour soi-même, soit à partager avec certaines personnes choisies.

On doit toutefois indiquer que le récit n’utilise pas toujours l’écriture de la part du narrateur, notamment dans un travail d’étude, il arrive qu’un interlocuteur enregistre le récit et le présente ou le met en forme ultérieurement.

Enfin il existe de nombreux livres de témoignages où une personne décrit les épreuves vécues et traversées, ce qui l’a aidée et marquée en insistant sur sa propre transformation. L’objet de cet article n’est pas d’en faire une présentation. Je souhaite décrire en quelques pages les objectifs du récit autobiographique et ses bénéfices pour les auteurs.

Nathalie Joly publie une étude dans « Sociologie du travail » sur la façon des opérateurs d’entreprises de noter des événements importants avec la façon dont ils ont agi. De manière générale, il est question de traçabilité ce qui exerce une certaine pression sur les individus. Il est cependant possible de transformer cette pression en quelque chose de positif : les ouvriers « produisent du papier en sachant qu’il est vecteur d’histoire, et la recherche de la charge historique est précisément ce qui vient motiver le travail d’écriture ». On peut remarquer que les personnes progressent dans leur savoir faire, ce qui peut être transmis à d’autres (5).

                                  Le récit autobiographique dans un travail d’étude

Anne Brun fait une analyse de l’autobiographie et de la cure analytique dans l’œuvre de Michel Leiris. Leiris avait rédigé une première autobiographie parce qu’il avait été déçu d’une cure analytique, dans la mesure où il n’avait pas pu remonter jusqu’à ce qu’il pensait être son trauma originel, à savoir la scène primitive. Anne Brun pointe comme deuxième élément l’omniprésence de la mort dans l’œuvre de l’écrivain et que l’écriture autobiographique est une manière de lutter contre une angoisse catastrophique de mort psychique. L’écriture a ici la fonction de laisser une trace, ce qu’elle appelle « ériger sa statue, de pétrifier ses souvenirs et de figer le vivant en lui ». Dans ce type d’écriture l’écrivain est centré sur lui-même, mais il ne cherche pas à se dépasser, il est en quelques sorte prisonnier de lui-même (6).

Cécile de Bary résume les actes d’un colloque au sujet de : « Le Propre de l’écriture de soi ». L’autobiographie est très présente dans le champ littéraire contemporain. Au 19ème siècle, ce genre est exprimé à travers une correspondance, appelé « autobiographie ordinaire », à l’exemple de l’œuvre de George Sand : « Histoire de ma vie ». Un développement nouveau s’est opéré depuis les années 70 du 20ème siècle où le récit de vie entre dans les sciences humaines. La sociologie s’intéresse maintenant au social dans ses manifestations individuelles. La même démarche par le récit de vie sera aussi utilisée dans un but de formation, appelé par Michel Foucault « la technique de soi » qui est autoformative, ainsi le récit de vie permet de se former tout en pensant la formation, dans la mesure où ce même récit éclaire la « compétence d’apprendre ». L’autobiographie devient outil de recherche sur les fonctionnements humains dans des domaines du social, des sciences de l’éducation, de la sociologie (7).

Magali Urbain, dans le cadre de « Le Grain », Atelier de Pédagogie Social publie une présentation du travail de Guy de Villers, philosophe sur « Le récit de vie, une démarche autobiographique d’émancipation ». Cette démarche peut renforcer le repli sur soi mais aussi contribuer à l’émancipation de soi et à l’engagement solidaire. Lorsque le récit de vie est encouragé, la démarche est utilisée dans trois domaines : la formation, la recherche, l’intervention autant sur le plan individuel que collectif. Celui qui écrit devient un « narrateur » qui met en œuvre un projet de compréhension de soi, mais ce type de narration s’adresse aussi à un autre qui va lire ou à qui sera communiqué ce qui est écrit.

Il y a trois effets de cette démarche d’écrire sa vie : épistémique à savoir la production de connaissances nouvelles quant au passé du narrateur, des implications en vue de son avenir et l’analyse de ses ressources comme aussi des contraintes voire obstacles dans son parcours. Le deuxième effet concerne la formation : il s’agit d’un travail perpétuel sur le sens car le sujet acquiert de nouvelles perspectives en ce qui concerne sa vie, il fait des remaniements de sa dynamique identitaire. Le troisième effet est clairement thérapeutique car au cours du cheminement, le sujet se libère de certains obstacles en éclairant son histoire douloureuse.

Il y a une insistance sur l’utilisation de l’expérience du narrateur et sur les compétences de l’accompagnateur (formateur, chercheur, intervenant) qui doit pouvoir guider le travail pour que celui-ci soit efficace. Il fourni des outils d’analyse, il facilite l’émergence de l’objet de quête du narrateur, il répond aux demandes plus techniques relatives au traitement du récit. Le narrateur est au centre du processus. Celui-ci n’a pas besoin d’avoir un diplôme d’études, ni même savoir écrire. En revanche, il doit être en mesure de convoquer sa mémoire biographique et mettre en forme narrative ses souvenirs. Il doit être capable de réfléchir sur lui-même (8).

                                   Le récit autobiographique en tant qu’initiative personnelle

Il s’agit d’une pratique qu’une personne peut mettre en œuvre spontanément, dans le but de prendre possession de sa vie de nouveau, alors qu’elle se sent à la dérive. De tels exemples ne sont pas rares. Voici l’exemple de Thierry : malade alcoolo-dépendant, dans une situation de séparation d’avec son épouse, au risque de reprendre la consommation d’alcool, il a décidé selon ses propres termes de « poser des écritures ». Il se sentait dans une période charnière vers le milieu de sa vie. Il avait conscience d’avoir raté sa vie de couple, perdu son travail et son logement par sa propre responsabilité, il n’avait pas encore trouvé un autre projet de vie. Dans son récit, il cherche à faire le clair avec son passé, à identifier ses manques, tout en explorant sa relation avec l’alcool. Au cours de sa pratique d’écriture, Thierry a compris et intégré qu’il devait être patient avec lui-même, qu’il ne pouvait pas brûler les étapes, ce qu’il appelle « donner du temps au temps ». Il décrit qu’il a vécu, au cours de son parcours, une fixation affective avec une aidante devenue une amie, et lorsque celle-ci lui a dit qu’elle ne pouvait pas continuer le cheminement avec lui, il a ressenti une grande frustration, mais il a intégré qu’il devait prendre appui sur ses propres ressources en apprenant à ne plus s’accrocher aux autres. Il a compris et accepté que la parole de cette amie l’a rendu à sa liberté. Ainsi son récit a été un moyen d’un cheminement de croissance : le fait d’écrire lui a permis d’accueillir son vécu, de l’approfondir par l’écriture, de l’accepter et de prendre des décisions constructives pour son avancée (9).

 

3. L’utilisation de l’écriture en psychiatrie, psychologie et psychothérapie

                                  Les ateliers d’écriture et les groupes de parole

Les ateliers d’écriture sont une pratique maintenant assez courante dans le travail avec des patients atteints de troubles psychopathologiques, ils sont animés par des psychologues, infirmiers ou éducateurs. Il s’agit de pratiques diverses et variées qui dépendent de la formation théorique et de l’inspiration créative des animateurs, les méthodes utilisées varient aussi. Par exemple, l’animateur peut partir d’un thème de l’actualité en proposant aux participants d’explorer son vécu personnel du thème ; il peut indiquer une série de mots et demander la rédaction d’un texte sur place à partir de ces mots, ce qui invite à l’improvisation ; lorsque l’atelier d’écriture est utilisé dans une institution, il s’efforce parfois à raconter la vie de l’institution avec les implications personnelles chez les résidents avec la production d’un journal, ce journal peut comporter aussi une réflexions par rapport à des événements de l’actualité et la production de poèmes et de dessins.

Les ateliers d’écritures sont utilisés en gériatrie pour permettre aux personnes âgées d’intégrer leur histoire de manière positive. Les participants sont résidents de foyers ou d’établissements, certains vivent encore à leur domicile, mais ils ont rejoint des clubs ou bénéficient de soins au domicile. Dans une pratique, il est proposé d’écrire une lettre fictive à quelqu’un. Les participants abordent ainsi leur ressenti face à leur réalité, ce qui est une manière de l’élaborer dans le but de moins subir les désagréments du grand âge et de se situer de manière positive face à leur réel (10).

Dans une autre approche, il est proposé la composition d’un récit de vie à des personnes âgées. L’idée directrice est de transmettre sa propre histoire, celle de sa famille ou celle de son groupe d’appartenance sociale. Les personnes qui écrivent ainsi présentent leur histoire individuelle mais ceci contribue à construire l’histoire collective. Dans la méthode, à chaque étape, l’intervenant établit avec la personne elle-même ce sur quoi il semble utile et important de réfléchir pour le raconter la fois suivante. L’intervenant est actif : il peut attirer l’attention du narrateur sur tel ou tel élément qui lui semble important. Ainsi certaines fois, le narrateur avait voulu passer sous silence certains faits essentiels de son histoire, comme celui d’avoir été résistant pendant la deuxième guerre mondiale. L’intervenant apporte aussi de l’aide technique pour que le récit devienne accessible et compréhensible de la part de ceux qui le liront. L’atelier d’écriture peut prendre aussi la forme d’évocation de souvenirs dans un groupe ce qui a un effet stimulant : le souvenir de l’un réveille celui des autres qui le partagent alors, ce qui a un effet vitalisant chez les participants. Un tel atelier dans une maison de retraite est apprécié non seulement pour l’effet produit sur le participant individuel mais aussi dans la fonction de participant à un groupe qui sert de levier pour évoquer le passé commun à tous (11).

Un travail par l’écriture peut être proposé à des personnes alcoolo-dépendantes sevrées, dans certains centres on pratique des ateliers d’écriture, mais très souvent des groupes de paroles sont mis en place. Le fonctionnement psychique des patients est souvent caractérisé par une difficulté à rejoindre le ressenti personnel, d’où le fonctionnement de chercher à combler un mal-être psychologique par une consommation d’alcool. L’accompagnement après le sevrage vise la reconnaissance des sentiments et émotions, leur intégration dans le fonctionnement global de la personne, la réflexion sur la vie émotionnelle et les dysfonctionnements pratiqués de longue date. Les participants apprennent à développer d’autres fonctionnements au service de la vie, ils entrent dans un cheminement où ils se sentent existants, libres et responsables. Ils commencent à prendre leur vie en main au lieu de se laisser dominer par d’anciens fonctionnements réflexes.

L’auteur de cet article a mis au point une méthode de groupe de parole avec des personnes atteintes d’addictions, alcoolo-dépendantes pour la plupart. Un parcours de formation est proposé pendant deux ans, par des rencontres hebdomadaires pendant deux heures. Les thèmes en rapport avec la dépendance psychologique et comportementale sont regroupés en cinq cycles : la personnalité saine (qui se réfère à des thèmes PRH comme l’image de soi, l’idéal de soi, l’être, la conscience profonde…), différents éléments de vulnérabilité (dont des thèmes PRH comme les aspirations et les besoins, la non existence, les réactions disproportionnées…), les co-morbidités (pathologies associées à la maladie alcoolique), différents phénomènes somato-psychiques (troubles alimentaires, troubles du sommeil, le stress, la sexualité…), comment avancer (le « déclic », mettre de l’ordre dans sa vie, gérer ses émotions, accepter sa maladie, la vigilance, la motivation, apprendre à dialoguer…). A la fin de chaque rencontre, le texte de l’intervention est remis aux participants avec en dernière partie des questions qui proposent que chacun décrive son problème personnel, en rapport avec le thème traité, et qu’il cherche à l’approfondir. Un certain nombre de participants répondent par écrit à ces questions et ils les approfondissent avec un membre de l’équipe en entretien individuel (12, 13, 14, 15, 16).

L’écriture est utilisée aussi chez des adolescents en souffrance. Dans une pratique, des pré-adolescents sont invités à écrire sur leurs comportements et fantasmes de violence. Ces jeunes avaient au départ d’importantes difficultés à l’écrit. L’écrit en tant que production littéraire peut être considéré comme une métaphore réussie qui contient un sens nouveau pour celui qui écrit : il propose une issue au pulsionnel qui détruit s’il n’est pas canalisé ni réfléchi. Écrire permet d’entrer dans une élaboration dans la mesure où la parole est formée puis maîtrisée, alors que le déchainement de la violence procure une jouissance au moment de son exécution. Le sujet apprend à se distancier de ce fonctionnement archaïque (17).

Une autre façon de travailler avec des adolescents suicidants utilise le « mur-tag » : les adolescents sont invités à écrire leurs projections sur un mur sous forme de tags. L’hypothèse est d’inviter ces jeunes à mettre en route leur appareil à penser au lieu d’agir par des comportements (une tentative de suicide est un acte non pensé, non réfléchi). Ainsi un travail psychique de réintégration des éléments du psychisme démarre avec l’écriture et l’adolescent peut s’approprier de nouveau sa propre pensée. De l’autre côté, il entre en relation avec les autres adolescents qui écrivent aussi sur le même mur : il peut s’identifier à eux, il s’en différencie. Le mur d’écriture est une surface qui fait symboliquement partie à la fois de la scène du réel (du visible) et de la scène psychique (de la vie intérieure). L’action thérapeutique consiste à permettre à l’adolescent de développer sa propre pensée pour commencer à construire sa vie intérieure, ce qui permet d’écarter les comportements non réfléchis (18).

                                  L’utilisation de l’écriture dans un travail sur soi en individuel

James Pennebaker a mis en œuvre une méthode d’exploration de soi par l’écriture depuis 1980. Ces recherches sont relatées dans son livre « Opening up » où il décrit qu’il souhaitait découvrir le dénominateur commun de 3 phénomènes :

- les personnes disent qu’elles apprennent du nouveau en parlant de leur vécu ;

- les détecteurs de mensonge montrent que les esprits et les corps se détendent après l’aveu d’un crime ;

- le développement de l’insight permet à l’individu de mieux comprendre les causes de ses manifestations psychosomatiques, ce qui le conduit vers une amélioration de sa santé.

Dans le but de trouver des réponses, Pennebaker a demandé aux personnes d’écrire pendant 15 à 20 minutes par jour et pendant 3 ou 4 jours, en leur donnant les instructions suivantes : « décrivez continuellement l’expérience la plus perturbante ou la plus traumatisante de votre vie entière. Ne vous souciez pas de comment vous allez écrire, c’est à dire de l’orthographe, grammaire ou de la construction des phrases. Je voudrais que vous développiez dans votre écriture vos pensées  et émotions les plus profondes concernant cette expérience. Décrivez ce qui s’est passé, ce que vous avez ressenti et ce que vous ressentez maintenant concernant ces faits. »

Les résultats surprenants ont été confirmés par des évaluations cliniques. Des sujets qui ont traduit leurs émotions dans des paroles ont constaté des améliorations de leur santé, y compris la baisse de leur pression artérielle, l’amélioration de leur système immunitaire, soulagement d’asthme et de symptômes arthritiques. En plus, leur santé psychologique s’est améliorée avec moins de signes de stress, anxiété et dépression ; puis leurs capacités de mémoire se sont fortifiées. En effet, ce nombre minimal d’écriture expressive a permis une meilleure réussite aux examens chez des étudiants et a accéléré la reprise de travail chez des chômeurs.

La recherche cherche à vérifier trois hypothèses théoriques :

- La confrontation avec des souvenirs significatifs procure un soulagement mental et physique. Or, si les personnes s’efforcent à réprimer leur ressenti concernant des événements traumatiques, ils se sentent tendues et stressées sur le plan physique, ce qui augmente la probabilité de maladies et de problèmes psychologiques.

- Le fait de relater son histoire semble permettre de la conclure, en rejoignant un état de repos.

- L’expression verbale des émotions désensibilise la personne à ces mêmes émotions, ce qui est similaire à ce qui est proposé dans certaines approches pour aider les personnes à surmonter les phobies.

Une combinaison de ces trois approches améliore les relations interpersonnelles, ce qui peut être considéré comme une autre preuve de leurs bienfaits (19).

Kate Niederhoffer et James Pennebaker étayent la théorie des expériences traumatiques à partir des observations suivantes : on peut classer les réactions individuelles après un traumatisme en trois groupes :

- certains oublient le traumatisme et continuent leur vie ;

- d’autres en parlent en détail pendant certains jours puis certaines semaines ;

- seulement une minorité (20 à 30 %) demeure dans la souffrance pendant des années.

Les résultats des recherches ont prouvé que les personnes sont en proie à des sentiments négatifs si elles ne parlent pas de leur traumatisme en raison d’une inhibition. Lorsqu’on encourage l’expression des émotions, à court terme les personnes peuvent pleurer et être troublées par cette expérience, cependant à long terme, on constate des effets positifs sur le comportement. Le fait d’extérioriser des émotions permet de se sentir mieux. A ce sujet, l’expression verbale et non verbale a le même effet, contrairement à la théorie de Freud qui ramenait tout à l’expression verbale (« cure psychanalytique » en français). Le fait de confier un traumatisme réduit les signes de stress physiologique ; il permet de mieux comprendre et de mieux intégrer cette expérience. Puis, plus les personnes utilisent des mots à contenu positif, plus leur santé s’améliore, ce qui n’est pas le cas chez ceux utilisant des mots à contenu émotionnellement négatif.

Les auteurs portent une attention particulière aux processus cognitifs : l’expérience traumatique induit une déconnexion du « noyau de soi » et de l’identité de la personne, ce qui entraîne de l’anxiété, des ruminations, des rêves, dans la mesure où les êtres humains cherchent toujours à comprendre le sens de ce qui leur arrive. Tant qu’ils ne l’ont pas compris, ces phénomènes continuent. D’ailleurs il a été prouvé que les humains se souviennent mieux des événements interrompus que de ceux réussis. Dans la thérapie, il est proposé de construire une histoire pour expliquer l’anxiété afin de comprendre le passé et les conséquences dans le présent (20).

Les recherches de Pennebaker portent sur l’effet de l’expression émotionnelle, à la fois sur le plan verbal et non verbal, sur l’état de santé des personnes qui participent à cette démarche. En France, on utilise maintenant le terme de « l’écriture expressive ». A. Piolat et R. Bannour, en référence à Pennebaker ont publié une étude sur l’effet de l’écriture expressive sur l’état d’anxiété d’étudiants. Ceux-ci ont été invités à exprimer leurs sentiments vis-à-vis d’un événement positif (réussite à un examen) et un événement négatif (échec à un examen). Les étudiants utilisent un vocabulaire émotionnel plus riche lorsqu’ils décrivent un événement positif que lorsqu’ils relatent un événement négatif. En conséquence, leur niveau d’anxiété est plus important quand ils décrivent l’événement négatif, ce qui laisse supposer que le fait de ne pas verbaliser l’émotion fait monter le niveau d’anxiété. (21). Dans une publication suivante, les mêmes auteurs présentent une synthèse des travaux faits sur l’amélioration de la santé physique des rédacteurs lorsqu’ils décrivent leurs émotions. Plusieurs théories issues des recherches sur le fonctionnement cognitif expliquent comment opèrent les processus de régulation émotionnelle lors d’une confession écrite (disinhibition theory, cognitive processing theory, self-regulation theory, exposure theory). Ils soutiennent qu’il est important de comprendre les processus cognitifs à l’œuvre au moment de produire des textes écrits en rapport avec la confession émotionnelle écrite : ceux-ci dépendent des ressources disponibles en mémoire de travail d’un côté et de l’autre de la capacité de faire abstraction des pensées intrusives au moment d’écrire (dysfonctionnements qui empêchent de se concentrer sur l’extériorisation du matériau émotionnel) (22).

4.      Convergences avec l’analyse PRH

 

Les convergences sont de plusieurs ordres : concernant le fond autrement dit le sens du travail par l’écriture, concernant l’exploration du matériau humain, concernant la méthode.

Les précurseurs mystiques n’avaient pas l’intention de transmettre leur façon d’explorer leur vie intérieure à d’autres. Leur but a été d’explorer leur relation personnelle à Dieu puis, forts de leurs prises de consciences, de rendre Dieu plus accessible aux humains en leur permettant de s’approcher de Lui et d’entrer dans une relation intime à Lui à leur tour. On peut souligner des convergences avec l’analyse PRH sur le fond : il s’agit d’une exploration du ressenti intérieur par des sensations très fines où la quête d’aller toujours plus loin dans l’exploration jusqu’à la fine pointe est perçue avec netteté. Dans cette pratique émergent des contenus nouveaux à caractère général, dans la mesure où ces écrits continuent à parler aux lecteurs jusqu’à nous jours.

Le matériau humain est exploré dans le récit autobiographique. Cette pratique est courante pour s’explorer, pour fixer ses souvenirs, en cours d’écriture seront faites des prises de conscience, un motif peut être d’explorer des traumatismes jusqu’à leur origine, ce qui peut inclure une observation des rêves, leur description avec une recherche sur le sens des rêves. En comparant différents récits, 3 objectifs généraux ressortent : l’obtention de connaissances nouvelles, la formation de soi-même, la volonté de guérir de difficultés particulières. On peut admettre que ces pratiques sont souvent mises en œuvre spontanément, sans méthode apprise ni guidée, mais dont la finalité est proche de celle de l’analyse PRH : explorer le ressenti jusqu’au surgissement de quelque chose de nouveau.

Dans une deuxième utilisation, le récit autobiographique a une finalité de recherche : il s’agit d’une technique auto formative pour le narrateur, lui permettant à la fois de se former mais aussi de structurer sa pensée, dans la mesure où celui-ci acquiert des connaissances nouvelles sur lui. Il en ressort une émancipation de soi : les personnes deviennent plus existantes, ensuite elles s’engagent dans la vie avec d’autres de manière solidaire. Il s’agit toujours d’un travail sur l’expérience ; un intervenant formateur peut donner des outils pour guider le récit.

Concernant la pratique de l’écriture, la méthode proposée par Pennebaker semble avoir le plus de convergences avec l’analyse PRH, mais elle semble centrer le regard surtout sur la partie descriptive d’un travail d’analyse du vécu. Niederhoffer et Pennebaker utilisent le terme de « l’autorévélation » (self-disclosure) lorsque les personnes découvrent les contenus cachés : ceci est laissé à leur initiative personnelle. Ils soulignent l’importance de l’expression émotionnelle, ce qui permet de se libérer d’un contenu gardé secret pendant longtemps.

L’analyse des sensations à contenu psychologique est l’outil de base de la psychopédagogie PRH. Cette méthode est décrite dans un ouvrage récent, édité par PRH-International. Elle est pratiquée dans le but de se découvrir par l’exploration du réel intérieur, ce qui veut dire qu’elle utilise et approfondit l’expérience. En ce sens, elle rejoint d’autres approches psychologiques, notamment différentes méthodes de psychothérapies humanistes qui se sont développées à la suite de Carl Rogers (23). L’analyse PRH commence par la nomination d’une sensation, elle continue par l’exploration de son contenu tout en le questionnant, dans le but de trouver un matériau caché non révélé au premier regard. L’analyse sera poursuivie avec une volonté de creuser le contenu jusqu’à ce qu’il ait livré toutes les facettes et fasse apparaître des éléments nouveaux. L’intégration de cette nouveauté dans le champ conscient permet d’orienter sa vie différemment.

Je souhaite conclure en citant un paragraphe du nouvel ouvrage de PRH-International : « Au-delà de l’acquisition d’une méthode, les personnes sont conviées à emprunter un chemin d’accès à leur vie profonde. Elles font l’expérience de leurs forces et de leurs ressources personnelles. Elles peuvent découvrir les richesses de leur personnalité, mieux cerner leurs limites. Elles s’interrogent sur leur vie, leurs comportements et leurs réactions. Peu à peu, il leur devient possible de naître à leur parole, originale, authentique, créatrice, de choisir une manière de vivre plus en harmonie avec ce qu’elles sont et avec la réalité. Chaque parcelle de vérité glanée au fil des analyses contribue à leur clairvoyance, à leurs choix, à leurs avancées ». (24)

5.      Références (sur feuille annexe)

 

13 juillet 2012 Thomas Wallenhorst md, psychiatre, psychothérapeute,ancien formateur PRH

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